Plutôt que de continuer à pleurer, à se lamenter, la réflexion devrait être poussée vers le long terme. Car, tant que des hommes existeront sur cette terre et qu’ils peupleront des villes, les ordures ménagères seront toujours produites.
De l’assainissement des villes de Douala et Yaoundé et même de la plupart des métropoles camerounaises croulant sous le poids des ordures ménagères, malgré le plan d’urgence prescrit par le Premier ministre, la réflexion devrait être orientée vers la maturation des idées qui, à long terme, pourraient être bénéfiques aux municipalités.
Près d’un mois après la prescription d’un plan spécial d’assainissement pour les villes de Douala et Yaoundé, l’amer constat qui est fait, est que l’insalubrité continue d’imposer sa volonté dans les deux plus grandes métropoles du pays. A Douala, capitale économique, tout comme à Yaoundé, siège des institutions, le décor est toujours celui présentant des poubelles débordant d’immondices qui finissent par réduire les chaussées. Un fait qui s’ajoute à un état pas très reluisant des chaussées et au manque d’éclairage public.
Face à cette situation, le Premier ministre, chef du gouvernement, Dr Joseph Dion Ngute, a prescrit un plan d’urgence visant à changer la physionomie des deux métropoles. Il s’est même voulu très exigeant pour le cas de Yaoundé. Le chef du gouvernement était même allé jusqu’à fixer un délai d’une semaine aux magistrats municipaux et aux administrations sectorielles pour implémenter ce plan spécial. Il a notamment prescrit que soient traités tous ces tas d’immondices dans la ville, ainsi que le bouchage des nids de poule et l’amélioration de l’éclairage public. Mais, à l’observation, si à Yaoundé le maire de la ville et les maires d’arrondissements sont encore à tergiverser, pour le cas de Douala où le projet « Douala clean city » reste toujours d’actualité, la Communauté urbaine de Douala (CUD) a lancé un appel d’offres international pour recruter des entreprises chargées de la collecte, du transport et du traitement des ordures ménagères. Ce marché estimé à 78,5 milliards de Fcfa, est structuré en quatre lots couvrant les différentes communes d’arrondissement de la métropole économique. Mais, des défis financiers persistant pourraient même étouffer cette idée dans l’œuf quand on sait qu’au quotidien, plus de 2 700 tonnes de déchets sont produites et que seulement 1 800 tonnes sont collectées chaque jour, laissant de nombreuses rues, marchés et espaces publics envahis par les détritus.
L’idée pour la Communauté urbaine de Douala (CUD), sous la conduite du maire Roger Mbassa Dine, de lancer cet appel d’offres international, pourrait certes fleurir. Ce d’autant plus qu’à travers le financement sollicité d’un montant de 78,5 milliards de Fcfa, on mettrait en placeun service de collecte, transport et le nettoyage des déchets urbains. On a même imaginé un plan constitué de quatre lots correspondant à différentes zones de la ville. Lot n°1 : Couvrant Douala 1er et Douala 2ème, il inclut la collecte et le transport des déchets, ainsi que la gestion du centre de transfert de Youpwe, pour un coût de 23,9 milliards de FCFA. Lot n°2 : pour Douala 3ème, avec la gestion du centre de transfert de Nyalla PK10, estimé à 20,5 milliards de FCFA. Lot n°3 : Concernant Douala 4ème, incluant le centre de transfert de Bonaberi, pour 12,6 milliards de FCFA. Lot n°4 : pour Douala 5ème, intégrant le nettoyage des rues et places publiques, pour 21,4 milliards de FCFA. Les entreprises devront également fournir des bacs de collecte de différentes capacités (9m³, 16m³ et 20m³) et assurer un nettoyage régulier des espaces publics.
Mais la grande question portant sur le manque d’anticipation des gouvernants reste et demeure toujours alors que chaque jour qui passe, le flux de la population monte. Pourquoi toujours réagir après coup ? A quoi serviraient les urbanistes et autres ingénieurs recrutés dans les municipalités en vue de l’élaboration des initiatives à long terme qui iraient dans le sens de l’amélioration du cadre de vie des habitants ? Depuis plusieurs années, les retards de paiement ont fragilisé les entreprises en charge de la collecte des déchets. Hysacam, principal opérateur actuel, a plusieurs fois alerté sur l’insuffisance des ressources financières. Pour pallier ces difficultés, un droit d’accises spécial de 0,5 % sur les marchandises importées a été instauré en 2022, avec des fonds centralisés par le Feicom. Pourquoi n’avoir toujours pas pensé à créer ces centres de traitement d’ordure dont il est fait cas en ce moment ? On parle de tensions de trésorerie au niveau du Compte unique du Trésor retardent leur redistribution, compromettant la continuité des services.
Tant qu’on continuera sur la base d’une navigation à vue, on se heurtera toujours à ce genre de problème.
Et pourtant, ne serait-ce qu’en ce qui est des ordures en matière plastique, celles-ci pourraient service à la fabrication des pavés comme cela s’est fait ailleurs. On fera alors d’une pierre deux coups : débarrasser les villes de ces polluants pour la fluidification des déplacements urbains. Ailleurs, il existe des technologies permettant de transformer les ordures ménagères en biogaz qui pourrait aussi être très utile pour les ménages.
Initié des appels d’offres internationaux pour recruter des entreprises chargées de la collecte, du transport et du traitement des ordures ménagères, c’est une bonne chose. Mais ce n’est pas une trouvaille, il s’agirait toujours d’un éternel recommencement lorsqu’on sait que ces entreprises qui pourraient être retenues, se heurteraient toujours aux mêmes difficultés qui celles d’Hysacam. C’est à se demander, dans le cadre de la décentralisation à quoi servent ces différents partenariats de coopération que signent les Collectivités Territoriales Décentralisées avec des municipalités extérieures qui n’éprouvent pas ce genre de difficultés.
Joseph Chrétien


