Pendant qu’on s’extasie au sujet d’une production annuelle gravitant autour de 10200 tonnes au point de parler de l’actualisation par le Cameroun de son plan d’aménagement de la pèche industrielle et artisanale de cette ressource halieutique, on se demande toujours si elle participe à la lutte contre la faim.
Entre le 11 et le 13 mars 2025 à Douala, il s’est agi de la tenue des travaux visant à définir les stratégies qui permettront d’exporter la crevette camerounaise tout en ravitaillant au mieux le marché local. Ce d’autant plus qu’aux yeux de Dr Taiga, ministre de l’élevage, des pêches et des industries animales (Minepia), les chiffres de la pêche crevettière au Cameroun sont appréciables. Il faut dire que selon le membre du gouvernement, en référence à l’année 2023, la production halieutique totale du Cameroun a atteint environ 340 000 tonnes, dont 80% proviennent de la pêche maritime artisanale. «Malgré cette production, la demande intérieure reste forte, estimée à 500 000 tonnes par an. La pêche continentale et l’aquaculture représentent respectivement 11% et 6% de la production totale. Sur le plan économique, le secteur de la pêche représente environ 17% du PIB du Cameroun et emploie 60% de la population active. Entre 2021 et 2025, le Cameroun a prévu de réduire de 15% sa dépendance aux importations de produits de la mer, qui était de 31% en 2021. Les importations de poissons de mer congelés ont représenté une dépense de 761,2 milliards FCFA entre 2018 et 2022 », avait-il fait savoir.
S’agissant spécifiquement des crevettes, il se trouve selon les révélations du Minepia, que 102,48 tonnes de crevettes ont été exportées vers la Malaisie entre janvier et octobre 2021. La valeur totale des exportations de crevettes (formelles et informelles) du Cameroun, confie le membre du gouvernement, est comprise entre 1,6 et 4,6 millions USD. « En 2024, la production annuelle de crevettes était estimée à 10200 tonnes de crevettes dont 4000 tonnes de la pêche industrielle et 6000 de la pêche artisanale ». Des statistiques qui, de l’avis des pouvoirs publics, et en rapport avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), ont placé la pêche au cœur de ses priorités pour la transformation structurelle de l’économie nationale. Il est même d’ailleurs fait cas de ce que le gouvernement à travers le Minepia, collabore avec plusieurs partenariats internationaux pour entretenir le développement durable de ce secteur de la pêche. Ce qui passerait par la promotion des techniques de pêche et d’aquaculture modernes, la formation des pêcheurs, et l’aménagement des zones de pêche entre autres, une convention de partenariat a été signée entre le Groupe d’études Agropastorales des Familles Etoundi du Cameroun (Geaifec S.A) et la société Turcaba pour la mise en œuvre d’un programme agropastoral, aquacole, piscicole et de pêche à l’échelle industrielle. Ce partenariat vise à transformer les zones rurales par le développement industriel de ces secteurs clés.
Par ailleurs, le projet Fih4acp, lancé en 2021 qui est une initiative de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Oeacp) mise en œuvre par la Fao et financée par l’Union européenne (UE) et le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ), a permis de procéder au lancement et à la validation de la stratégie de mise à niveau en Octobre 2022. Ce projet vise à améliorer la productivité et la compétitivité du secteur de la crevette au Cameroun, tout en assurant la durabilité environnementale. Si l’on peut apprécier la nature des travaux de Douala dont l’objectif était de poser les bases d’un processus qui permettra de produire plus de crevettes, bien des interrogations demeurent quand on sait que malgré toutes ces dispositions, malgré ce potentiel, notamment en ce qui est de son ouverture sur l’océan atlantique, son hydrographie, le Cameroun ne dispose pas de bateau de pêche. On peut aussi se demander qui fait réellement quoi ? Et pour finir, la production de crevette telle qu’elle jusque-là faite, profite-t-elle réellement aux camerounais et surtout aux pêcheurs artisanaux ? Cette activité participe-t-elle à la lutte contre la faim ? Ne trouverait-on pas cela paradoxal le fait que cette denrée soit restée un produit de luxe alors même que le pays tient son nom des crevettes, Cameroun dérivant de « Rio dos Camaroes » (rivière des crevettes), cette description faite du fleuve Wouri oar le portugais Fernando Pô ? Il ne faudrait pas que « le développement du plan d’aménagement des pêcheries crevettières est une question centrale de la stratégie de mise à niveau de la chaîne de valeur pêche à la crevette validée en 2022 », comme l’a confié le représentant de la Fao, reste un vœu pieux.
Joseph Moussi


