Quand bien même la problématique de la bonne semence agrosylvopastorale et halieutique demeure, le manque d’investissements conséquents et une meilleure coordination entre les acteurs en vue d’une exploitation judicieuse et pleine du potentiel agricole national continue de plomber le développement et la modernisation de ce secteur d’activité.
En 2001, le Cameroun a adopté une loi relative à la production et à la commercialisation des semences. En 2005, par décret le Conseil national des semences a été créé dans la perspective de promouvoir et d’organiser un secteur semencier fiable, ainsi que d’en stimuler le développement. Le Conseil a également été fondé pour réguler et contrôler l’inscription de nouvelles variétés, protéger les exploitants contre la vente de contrefaçons et faciliter la production et la commercialisation de semences de qualité dans le pays. De plus, dans le cadre de sa politique semencière nationale, il encourage l’élaboration et la promotion de nouvelles variétés végétales.
Dans ce cadre, le Plan national d’investissement agricole s’est toujours investi au développement de la recherche sur les variétés améliorées à haut rendement et à stimuler la compétitivité des exploitations. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural est chargé de la réglementation des semences et du développement de variétés pour différentes cultures.
Le secteur semencier formel est composé d’entités publiques, d’institutions agricoles, d’organisations non gouvernementales, de petites entreprises et de sociétés du secteur privé menant différentes activités liées aux semences. Si on note que le secteur semencier privé fait ses petits pas au Cameroun, trois acteurs publics sont chargés du développement de ce secteur : le ministère de l’Agriculture et du développement rural ; le Conseil national des semences et obtentions végétales et surtout l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (Irad). S’il est à noter que les coopératives productrices de semences les plus dynamiques se trouvent dans les régions Ouest et Nord-Ouest ou qu’elles affichent de bonnes performances économiques et sont dotées de structures de gouvernance démocratiques bien que le modèle d’activité des coopératives ne soit généralement pas solide, le problème semble presqu’encore entier en raison de l’intrusion de certains acteurs qui, pour des besoins inavoués, s’immiscent dans un secteur dont ils ne mesurent pas souvent l’importance et la délicatesse.
Des subventions
Fort heureusement, l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (Irad), jouant son rôle, continue à être le bras séculier de l’Etat dans le secteur semencier au Cameroun. C’est dans ce cadre qu’il devrait lui être débloqué au cours de cette année 2025 cette subvention annoncée il y a 3 ans par la présidence de la République.
On se souvient que face à la représentation nationale en décembre 2024, Madeleine Tchuinte, ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation a annoncé qu’une première tranche de 4 milliards de Fcfa sur les 10,3 milliards de Fcfa ordonnés par l’Etat, devrait être débloquée en 2025 pour soutenir la production de semences améliorées de blé. Mais le retard ainsi accusé avait freiné les efforts de relance de la culture du blé au Cameroun. L’Irad devait concentrer ses ressources sur la production de semences de pré-base et de base, indispensables pour des rendements élevés et une relance effective. Pourtant, selon le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah) pour la période 2024-2026, l’institut n’avait produit aucune semence de blé de cette variété en 2022, bien qu’il prévoyait une production de 500 tonnes dans un délai non précisé.
Ce seul exemple présente à suffisance la situation prédominante dans le secteur semencier au Cameroun où, au lieu de procurer des moyens aux structures disposant d’une expertise avérée, l’on se replie souvent dans les importations des semences sans parfois se préoccuper des conditions pédologiques des sols. Et quand bien même ces semences « importées » seraient disponibles, elles se retrouvent entre des mains inexpertes, des politiciens généralement qui, pour des besoins de positionnements électoralistes, les redistribuent aux producteurs et à contre saison de manière récurrente.
Le secteur des semences au Cameroun, bien que prometteur, fait face à des défis majeurs, notamment le manque de débouchés locaux, un rendement insuffisant et des retards dans le soutien gouvernemental. Qu’il s’agisse de la semence végétale ou de la semence animale, malgré les prouesses réalisées par l’Irad dans le domaine de la recherche, quelle que soit la spéculation, la relance du secteur semencier au Cameroun nécessite des investissements conséquents et une meilleure coordination entre les acteurs pour exploiter pleinement le potentiel agricole du pays.
Adama


