Alors que la tendance est à la renationalisation des entreprises camerounaises ayant été privatisées, il devrait aussi en être de même pour celles qui ont toujours fait la fierté du pays et aujourd’hui en décrépitude. Le cas de la Cotonnière Industrielle du Cameroun (Cicam)
Dans les prochains jours, l’on célébrera la 41ème édition de la Journée internationale de la femme, édition 2026. Des préparatifs sont d’ailleurs en cours à tous les niveaux. C’est dans ce contexte que le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (Minproff) avait organisé, le 26 septembre 2025 à Yaoundé, une session dédiée à la sélection du pagne officiel de cette 41èmeédition de la Journée internationale de la femme (JIF). Issus du concours lancé en juin dernier à l’intention des artistes, 488 projets de modèles ont été examinés par le comité. Les dix meilleures propositions ont été récompensées, et la toute première a servi à la confection du pagne officiel du 8 mars 2026, déjà mis en vente, a tenu compte de la créativité, la mise en valeur de la femme, la pertinence des messages véhiculés, ainsi que l’harmonie des couleurs. Si ce n’est pas encore la grande affluence devant les agences et boutiques Cicam, il reste que « l’accouchement », depuis des décennies, a toujours été très douloureux. Pendant qu’une infime partie de confectionne au niveau local, les 2/3 de la production sont faites dans un pays d’Asie au moment même où on parle d’import-substitution.

Il y a quelques temps, il a été entendu que le gouvernement camerounais envisageait d’injecter 70,2 milliards de Fcfa dans la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) afin d’accroître ses capacités de transformation d’ici 2030 et que cette initiative s’inscrivait dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), qui prévoit une hausse de la production de la Sodecoton à 600 000 tonnes par an, contre environ 350 000 tonnes actuellement. La perspective étant de transformer 50 % de la production locale et stimuler la confection locale tout en réduisant les importations massives de textiles. Mais ce programme qui jusqu’ici ne montre pas de réels changements risque clairement de plomber définitivement cette entreprise considérée comme un patrimoine national. Car on n‘arrive toujours pas à comprendre pourquoi ce n’est toujours pas appliqué. On évolue de manière infinie à des tentatives de restructuration. Depuis 2025, on parle de 70 milliards alors qu’en juillet 2023, le Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN) avait présenté une enveloppe comprise entre 30,7 et 48,2 milliards de Fcfa pour cette restructuration. Fierté nationale à une certaine époque, la cotonnière industrielle du Cameroun n’en finit pas de perdre en crédibilité. Aujourd’hui, elle a abandonné sa casquette de productrice pour devenir importatrice. Pour couvrir la demande du 08 mars 2024 et 2025, elle a importé plus de 4 millions de mètres linéaires de pagnes d’Asie. Et pendant que la Cicam se meurt, les importations de la friperie sont en nette augmentation à la « grande satisfaction » du ministère du commerce.
La situation est encore plus désastreuse qu’en ces temps où il est question de la manifestation des avantages de la politique d’import-substitution, il ne semble pas exister de chaine des valeurs dans la filière coton au Cameroun. Encore que le pays n’est même pas consommateur de sa production. Ce qui est bien dommage. Si de gros investissements allant au-delà des 70 milliards de Fcfa possibles nécessaires pour la restructuration de la Cicam, ont été faits pour d’autres projets, comment ne pourrait-il pas en être de même pour une structure qui a fait la fierté de toute une Nation.
Joseph Chrétien


