Cette réinvention passera par la matérialisation du Plan intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique qui a été lancé au sein de la société dirigée par Denis Koulagna Koutou, au cours d’un atelier qui s’est déroulé du 16 au 18 juillet 2025 à Yaoundé.
L’auditorium Jean-Paul 2 du Mont Mbankolo a servi de cadre pour un atelier de lancement du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (Piisah). Durant trois jours, les participants à cet atelier, recruté parmi le personnel de la Société de Développement et d’Exploitation des Productions Animales (Sodepa), de l’Institut de recherche agronomique pour le développement (Irad), du Ceneema, des universitaires, des économistes, des chercheurs, des juristes, ont mis leurs méninges à contribution en vue du lancement, mieux, de l’implémentation du Piisah au sein de la Sodepa.
Il faut dire s’agissant du Piisah, pour le triennat 2024-2026, qu’il a été conçu pour être : un outil catalytique pour l’accompagnement des acteurs du secteur privé dans la mise en œuvre de la politique d’import-substitution du Gouvernement ; un outil opérationnel permettant d’assurer un mix entre import/substitution et promotion des exportations, conformément aux orientations fondamentales de la SND30 ; un instrument matérialisant la volonté d’un État stratège et pragmatique, qui met en place les facilités pour l’émergence du secteur privé ; un cadre intégré et cohérent des actions du Gouvernement, des acteurs du secteur privé et des partenaires techniques et financiers pour l’atteinte des objectifs de développement durable.
Il a pour objectif général de contribuer à la réduction du déficit de la balance commerciale à travers la substitution des produits importés par la production locale. Spécifiquement, le plan vise à : faciliter le développement des actions du secteur privé dans le domaine agropastoral, sur des espaces sécurisés et aménagés ; contribuer à l’augmentation significative de la production et de la disponibilité des produits locaux de grande consommation ; créer un environnement propice au développement des activités agropastorales.
Inverser la tendance
Partant du fait que le Cameroun dépense entre 40 et 50 milliards de Fcfa chaque année pour importer 20 000 tonnes de lait, selon les propres termes duDirecteur Général de la Société de Développement et d’Exploitation des Productions Animales, Denis Koulagna Koutou. Ce qui est à l’origine d’un déficit dans la balance commerciale. Pour ce faire, dans le domaine de la garantie de la sécurité et de l’autosuffisance alimentaire en viande bovine, caprine et ovine, la Sodepa est résolue à inverser la tendance. De cette volonté se justifie la tenue de cet atelier de lancement du Piisah et surtout inspiré cette volonté de développement de la filière bovine à travers le concept naisseur : « Le gouvernement nous a demandés de nous diriger vers les naisseurs afin de produire des animaux qui après, vont être mis à la disposition des éleveurs tout en améliorant leur qualité pour nous permettre d’augmenter le rendement du lait par vache ». Quatre sites ont été retenus pour le projet à savoir : Djohong et le Faro dans l’Adamaoua, Ndokayo à l’Est, et Afanloum dans le département de la Mefou et Afamba, région du Centre. A travers ce nouveau plan, la Sodepa ambitionne de contribuer à l’augmentation significative de la production et de la disponibilité des produits locaux de grande consommation et enfin créer des emplois. Les enjeux sont d’autant plus importants qu’en matière d’élevage bovin, un « naisseur » désigne un éleveur spécialisé dans la reproduction et l’élevage des jeunes animaux (veaux) jusqu’à leur sevrage. Les vaches naisseurs sont des vaches allaitantes qui élèvent leurs veaux jusqu’à leur sevrage, généralement autour de 6 à 8 mois. Ces vaches ne sont généralement pas traites.Leur rôle principal étant de produire et d’élever des veaux pour la production de viande.
Passer à une étape supérieure
Ce n’est d’ailleurs plus un secret pour personne que s’agissant du développement de la filière bovine, la Société dirigée par Denis Koulagna Koutou est le bras séculier de l’Etat. Seulement, à chaque fois qu’allusion a été faite à cette filière, tous les regards se sont toujours tournés vers les cheptels basés dans la partie septentrionale du pays, notamment à Pitoa et dans d’autres localités où l’élevage de zébus était une affaire de famille.
Piste brésilienne
Autant, il avait été caricaturé que dans la partie méridionale du pays, les zébus ne s’y retrouvaient que le temps de l’abattage, autant l’on avait toujours pensé que la Sodepa n’était conçue que pour abattre les bœufs. Mais, avec la nouvelle option prise par la Sodepa avec Denis Koulagna Koutou, la donne a totalement changé. La structure est vue sous un autre angle avec la mise en place de 3 ranches d’élevage bovin : le Ranch de Faro dans la région de l’Adamaoua ; le Ranch de Dumbo/Jakiri dans la région du Nord-Ouest ; le Ranch de Ndokayo dans la région de l’Est qui diffusent aux personnes désireuses, des géniteurs mâles et femelles de qualité de race Goudali ; des métis de première génération de races Goudali-Brahma pour la production de viande, Goudali-Holstein pour les personnes intéressées par la production laitière, Goudali-Ndama pour l’élevage en zone forestière et péri-forestière et Goudali-Simmenthal pour la production de viande et de lait.
Dans le cadre du Piisah, la piste des naisseurs brésiliens permettra de « disposer des sujets de premiers âges aux performances zootechniques à travers des femelles reproductrices. Ce projet d’élevage de bovins-naisseurs pour la production laitière permettra d’accentuer une plus-value substantielle à la substitution du lait de consommation importé. De même, ce projet permettra d’obtenir une production laitière annuelle de 1280 tonnes pour 2000 vaches avec un taux de fertilité de 80% (1600 vaches), soit une moyenne de 5 litres par jour pour une durée de lactation de 200 jours », a déclaré le Dg de la Sodepa.
Si toutefois, ce projet a induit des questionnements du genre : Quels sont les efforts à faire pour être vraiment « naisseurs » ? Comment faire pour augmenter le nombre de vache laitière ? Comment allons-nous faire pour maitriser le croisement des animaux ? Comment allons-nous assurer une meilleure traçabilité de nos matrices ? La première esquisse de solution viendrait de la piste brésilienne où non seulement la technique a été maitrisée, mais aussi et surtout parce que le Brésil présente pratiquement les mêmes caractéristiques climatiques que le Cameroun. Contrairement aux sujets venus d’Europe ayant présenté des difficultés d’adaptation au rude climat équatorial. « Je reste convaincu que les attentes seront comblées (…) cette nouvelle perception de l’entreprise permettra de traduire de façon concrète, le cadre de référence de la mise en œuvre de la politique gouvernementale définie par le chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya », a conclu Denis Koulagna Koutou.
C’était exclusivement une affaire « des gens du Nord ». Le temps a passé et avec l’évolution des mentalités, est alors intervenu le projet de Développement de l’Elevage porté par le Minepia intervenant sur tout le territoire du Cameroun. Son objectif étant d’améliorer la productivité des systèmes de production animale sélectionnés et la commercialisation des produits des bénéficiaires ciblés et apporter une réponse immédiate et efficace en cas de crises ou des urgences éligibles. Il concerne les systèmes de production pastorale, d’élevage à cycle court, d’élevage villageois dans les filières de bovins (viande et lait), de petits ruminants (ovins et caprins), de porcs et de volailles et offrait un certain nombre de facilité pour ceux qui s’y engageaient. Notamment dans 30 communes sélectionnées dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est (Lom et Djerem, et Kadey). Ce projet visait l’augmentation de la productivité des systèmes de production pastorales et promotion de la transhumance et de la sécurité à travers le financement des sous projets qui ont été présentés et gérés par les communautés locales. Le Prodel allait aussi dans le sens du développement des chaînes de valeur de l’élevage, s’il ne s’agissait pas de l’augmentation des contributions des producteurs à l’approvisionnement de la demande nationale en produits des chaînes de valeur ci blées (viande, œufs, lait, miel, etc.) par un engagement significatif des entrepreneurs locaux dans ces secteurs et des institutions financières. Mais la plus grande avancée a été révélée avec l’implication de la Sodepa qui, en plus d’avoir mis en place de 3 ranches d’élevage bovin : le Ranch de Faro dans la région de l’Adamaoua ; le Ranch de Dumbo/Jakiri dans la région du Nord-Ouest ; le Ranch de Ndokayo dans la région de l’Est qui diffusent aux personnes désireuses, des géniteurs mâles et femelles de qualité de race Goudali ; des métis de première génération de races Goudali-Brahma pour la production de viande, Goudali-Holstein pour les personnes intéressées par la production laitière, Goudali-Ndama pour l’élevage en zone forestière et péri-forestière et Goudali-Simmenthal pour la production de viande et de lait.
Mieux encore, différents partenariats ont été signés avec des écoles et institutions universitaires : Sodepa –Epab pour la mise en place des pro grammes de formation des jeunes aux techniques d’élevage en zone forestière et singulièrement de la vulgarisation de l’embouche bovine en zone forestière ; Sodepa-Université de N’Gaoundéré en vue d’une amélioration de l’approvisionne ment en viande et en produits carnés et le développement de nouveaux produits grâce à l’expertise des universitaires. Il est aussi question de profiter de cette expertise pour surveiller l’état de santé des animaux, former et renforcer les capacités du personnel de la Sodepa ; Sodepa-Université de Dschang dans la perspective de s’assurer une production animale et ses dérivés sou tenue et diversifiée tant en quantité qu’en qualité, tout en contribuant au développement socioéconomique aux niveaux local, national et sous régional. C’est la même logique qui a aussi sous tendu cette autre convention entre la Sodepa et le Centre national d’études et d’expérimentation du machinisme agricole (Ceneema) pour un bon outillage du machinisme agricole et la maintenance des équipements. S’il est encore à résoudre l’épineux problème de parentaux, il y a tout de même lieu de noter qu’en matière de production dans la filière bo vine, beaucoup d’efforts continuent d’être faits dans le sens de sa modernisation et sa compétitivité.
Martin Paul Akono


